On m'a posé la question plusieurs fois, sincèrement, sans malice : « Si monter à cheval fait peur, pourquoi les cavalières continuent ? Pourquoi ne pas choisir un autre sport ? Le cheval, c'est censé être du plaisir, non ? »
C'est une vraie question. Et peut-être que tu te la poses toi aussi, certains soirs, en rentrant des écuries avec la boule au ventre.
On ne choisit pas l'équitation parce que c'est sécurisé
Sinon, on ferait peut-être du yoga. Ou de la poterie.
Nous avons choisi de monter sur un animal de 500 kilos doté d'un instinct de fuite extrêmement performant. Et parfois, ça se termine par une chute. Certaines passent presque inaperçues. D'autres laissent une trace, dans le corps et dans la tête.
Depuis, ton cœur s'accélère plus vite, ton corps se crispe avant même que ton cheval ait fait quoi que ce soit. Et le cercle vicieux s'installe : tu te crispes, ton cheval se crispe, tu en conclus qu'il y a un problème, et la peur grandit encore.
Le paradoxe des cavalières
La peur est là. Mais arrêter serait encore plus douloureux. Alors on continue.
Parce que le cheval n'est pas « un sport ». C'est un rêve d'enfant, une part de ton identité, un endroit où tu te sens vivante. Pour certaines, c'est lui, ce cheval-là, et aucun autre. Pour d'autres, c'est ce moment hors du reste, ce silence qui n'existe que là. Pour d'autres encore, c'est une partie d'elles-mêmes qu'elles ne retrouvent nulle part ailleurs.
La peur est réelle. La passion l'est aussi. Les deux peuvent vivre ensemble, même si personne ne le dit.
La peur n'est pas toujours un signal d'arrêt
Si le bonheur se résumait au confort, nous serions comblées par Netflix et un plaid. Or l'être humain n'est pas fait uniquement pour se sentir en sécurité : il est fait pour grandir. Faire un enfant fait peur. Changer de vie fait peur. Aimer fait peur. Et pourtant, on y va.
Au fond de nous, il y a un besoin plus fort que la peur : celui de l'accomplissement. Ce moment où tu te dis : « Je croyais que je n'en étais pas capable… et je l'ai fait. »
On ne persévère pas malgré la peur. On persévère à cause de ce que cette peur protège.
Continuer, oui. Mais pas n'importe comment.
Pendant longtemps, l'équitation s'est construite autour de la technique : diriger, contrôler, corriger. Beaucoup moins autour de la compréhension du cheval, de ses réactions d'animal de proie, de ce qui le met en sécurité, et nous avec. Les seules consignes de sécurité de mon apprentissage ? « On ne passe pas derrière un cheval » et « on ne court pas dans une écurie ». Que je n'ai d'ailleurs jamais vraiment respectées.
Continuer ne veut pas dire se forcer ou se brutaliser. Cela veut dire apprendre à traverser :
Pose-toi la vraie question
Est-ce que tu veux arrêter parce que tu n'aimes plus… ou parce que tu as peur ? Ce n'est pas la même chose, et la réponse change tout.
Mets des mots sur ton « pourquoi »
Ce qui te fait revenir aux écuries, écris-le. Dans les moments difficiles, c'est lui qui te ramène.
Parle de ce que tu vis
Beaucoup de cavalières pensent être seules à avoir peur. Mettre des mots sur ce qu'on traverse fait partie du chemin, et permet souvent de se sentir moins seule.
Progresse en sécurité
Des étapes à ta hauteur, des outils concrets, une meilleure compréhension de ton cheval et de ton propre fonctionnement (coucou Robert).
C'est une femme qui reprend sa place
Arrêter serait parfois plus simple. Mais continuer, en conscience, c'est choisir de ne pas laisser tes peurs décider à ta place. Et quand je vois une cavalière retrouver confiance, ce n'est jamais juste une histoire d'obstacle passé. C'est une femme qui reprend sa place.
Pour comprendre la peur à cheval dans son ensemble, et ce que tu peux faire dès maintenant, lis aussi Peur à cheval : comprendre ce qui se passe et retrouver confiance.
Géraldine FeronÉquicoach pour les cavalières qui choisissent de grandir avec leur cheval
